L’église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles à Paris : chef d’œuvre oublié de l’architecture éclectique
- Nicolas Thomas

- il y a 4 jours
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Vous voulez découvrir une église oubliée de Paris ? Découvrez l’église Sainte-Anne
de l’architecte Prosper Bobin, construite en 1898 et 1912. Elle se situe dans le 13ème arrondissement de Paris. Et, elle est en travaux depuis mai 2022, pour conforter ses fondations et ravaler sa façade. Vous pourrez la visiter dès octobre 2026 quand les travaux seront terminés !
L’architecture religieuse de la fin du XIXe siècle a été très décriée par les historiens
de l’art, parce qu’elle est vue comme une simple imitation des modèles du passé. Le présent article va vous montrer que Sainte-Anne n’est pas une simple copie sans aucune créativité. Au contraire, elle puise dans toutes les époques de l’histoire de l’art : l’art des premières églises chrétienne, l’art de l’Empire byzantin, l’art du Moyen-Âge (roman et gothique), la Renaissance et même l’art déco.
Cet article vous montrera donc en quoi l’architecture de Sainte-Anne est un éclectisme* qui puise à toutes les époques de l’histoire de l’architecture religieuse
occidentale pour en donner un condensé, riche de tous ses symboles, et novateur par ses associations et ses motifs.
Un projet ambitieux avec peu de moyens
L’abbé Miramont devient curé de la paroisse* en 1887. La paroisse est située dans
le quartier de la Maison-Blanche qui ne dispose que d’une petite église. Le nouveau curé veut donc bâtir une église, mais il dispose de peu de moyens, car le quartier est le plus pauvre de Paris. Or, il a un projet très ambitieux : bâtir une église de pèlerinage qui serait l’équivalent de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.
Elle n’honorera pas le Sacré-Cœur du Christ mais sainte Anne qui est la mère de la Vierge pour la tradition. L’église est construite sur une gigantesque crypte de sept mètres de haut, car le sol est très meuble* du fait du remblaiement*. Cela implique de creuser profond pour trouver une assise solide. Ainsi, 71 puits sont creusés pour trouver le soubassement rocheux et y couler 71 pilotis de béton. Sainte-Anne est donc construite sur pilotis, comme la ville de Venise !
Un plan semblable à celui des églises qui accueillent les pèlerins de Compostelle
Le plan adopté est proche de celui des grandes églises de pèlerinage romanes qui
accueillaient les pèlerins du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. En effet, un grand couloir entoure le chœur*, ce qui permet aux pèlerins d’en faire le tour pour vénérer les reliques qui y sont. Cela confirme le souhait du curé d’une église de pèlerinage à sainte Anne.
Le chœur est entourée de trois chapelles : les chapelles latérales sont dédiées au cœur de la Vierge et à sa mère, sainte Anne. La chapelle axiale est dédiée au Sacré-Cœur, car le curé est un pèlerin assidu de la basilique de Montmartre qui est dédiée au Sacré-Cœur du Christ.
Une nef qui reprend tous les styles de l’architecture

La nef* est la première partie construite. Le vaisseau central est couvert d’une voûte en berceau qui repose sur des arcades en plein cintre, comme dans les églises du Moyen-Âge. Ces arcades reposent sur des colonnes et sont surmontés d’un entablement, ce qui ressemblent aux premières églises chrétiennes.
La voûte est percée de claires- voies pour laisser entrer la lumière, c’est une citation de l’art français du XVIIe siècle. Elle est ornée d’un motif de caisson avec une étoile au centre. Les plafonds à caisson ornaient déjà les premières églises chrétiennes.
Ce vaisseau central nous montre l’éclectisme de Bobin qui cite toutes les époques.
C’est la définition même de l’architecture éclectique : reprendre ce qu’il y a de plus beau dans chaque époque de l’histoire de l’architecture. On peut aussi voir son talent, car il offre des lignes verticales (les colonnes et les pilastres), courbes (les arcs) et même horizontales (l’entablement). Bobin a aussi réfléchi aux symboles. En effet, il y a trois colonnes de chaque coté pour rappeler le Dieu chrétien qui a trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Une façade monumentale pour acceuillir les pèlerins
La façade est construite après la nef. Elle est terminée pour l’exposition universelle
de 1900 qui est organisée à Paris et qui accueille cinquante millions de visiteurs.
La partie basse de la façade est une reprise simplifiée du portail de l’église Sainte-
Trophime d’Arles en Provence, chef d’œuvre de l’art du Moyen-Âge. Sur l’arc du porche, il est écrit « SANCTA ANNA ORA PRO NOBIS », ce qui veut dire « Sainte Anne priez pour nous » pour rappeler que l’église est dédiée à la mère de la Vierge. Ce premier niveau est surmonté de 16 arcs romans aveugles qui partagent la façade selon la proportion 1/3 2/3.

Une rosace, proche des cathédrales gothiques, comme Notre-Dame de Paris, sert d’horloge. Elle est flanquée de deux clochers carrés, qui sont coiffés d’un campanile octogonal, lui-même surmonté d’une coupole et d’un grand lanternon. Ce dernier, est entouré de quatre petits lanternons byzantins inspirés des églises d’Istanbul, comme la célèbre Sainte-Sophie, qui était une église au départ.
Bobin nous offre donc une façade bien dessinée et monumentale : la répétition du rythme ternaire en témoigne : trois entrées, deux frontons triangulaires et de face on ne voit que le grand lanternon et deux clochetons.
Un transept riche de nombreux symboles
Bobin termine l’église par la construction du transept et du chevet. Le transept est coiffé d’une coupole sur tambour octogonal proche des églises françaises du XVIIe siècle. Le tambour permet de surélever le dôme en préservant sa forme hémisphérique. Le transept est orné de beaucoup de symboles chrétiens. En effet, la coupole est ornée d’une croix entourée de la couronne d’épines (il s’agit de la couronne tressée d’épines mise sur la tête du Christ avant d’être crucifié, pour se moquer de lui) et d’une étoile à huit branches (il s’agit de l’étoile qu’ont suivi les rois mages pour trouver Jésus qui venait de naître).
Le tambour est percé de huit fenêtres, le huitième jour étant celui de l’éternité, après les sept jours de la semaine.
Proper Bobin nous offre une église éclectique, c’est-à-dire, une architecture qui
reprend les meilleurs éléments des architectures passées pour arriver à la beauté.
Nicolas Thomas
Journaliste culturel en histoire de l’art et en philosophie
Vocabulaire
Une paroisse
Elle désigne un territoire ecclésiastique.
Un éclectisme
Une doctrine acceptant la diversité.
Un sol meuble
Un sol instable. Une terre qui a peu de cohésion, qui est facile à travailler.
Un remblaiement
Une accumulation de matériaux.




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