Le 14 juillet : le jour où la France a fait sa révolution
- Nicolas Thomas

- il y a 2 jours
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Imaginez un 4 juillet américain, mais avec du vin à midi, un défilé militaire digne d'une production américaine, et une prison qu'on prend d’assaut. Bienvenue au 14 juillet, la fête nationale française.
L'histoire commence avec beaucoup de difficultés, Paris, été 1789 : le pain coûte une fortune, le roi vient de renvoyer son ministre le plus populaire, et des troupes étrangères campent aux portes de la capitale.

Tandis qu'enfle la rumeur d'une intervention imminente des troupes royales, dans un contexte de crainte d'une disette, le peuple parisien, à court d'armes, se rue d'abord sur les Invalides pour y voler des fusils, puis marche vers une vieille forteresse, qui sert de prison, censée receler de la poudre à canon. La Bastille, paniquée et mal commandée, ouvre le feu avant d'être envahie.
Elle tombe. Sa réputation de cachot pour prisonniers condamnés par la roi sans jugement était largement exagérée, on n'y trouve ce jour-là que sept prisonniers, dont quatre faussaires; mais peu importe : ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on y découvre, c'est que l’on met fin à l’arbitraire royal qui pouvait y enfermer n’importe qui.
Voici la première fausse idée : le 14 juillet ne commémore pas d’abord cette émeute sanglante. Un an plus tard, jour pour jour, en 1790, les Français sont en fête, la vraie : la Fête de la Fédération. Sur le Champ-de-Mars à Paris, près de cent mille personnes se rassemblent, gardes nationaux venus de toutes les provinces, députés, et le roi Louis XVI en personne, venu prêter serment à la toute nouvelle Constitution. Ce jour-là, personne ne meurt.
On chante, on défile, on croit, le temps d'un été, que la nation est réconciliée.
Quand la Troisième République cherche, un siècle plus tard, une date pour sa fête nationale, le choix est loin d'être évident : trop de journées révolutionnaires sont maculées de sang pour rallier tout le monde. La solution est d'une grande finesse politique: la loi du 6 juillet 1880 adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale sans jamais préciser quel événement elle commémore. Bastille ou Fédération ? Chacun peut y trouver la version qui lui convient : la révolte du peuple pour les uns, l'union retrouvée de la nation pour les autres.
Comment se fête, aujourd'hui, ce double anniversaire ? Un défilé a lieu chaque année sur les Champs-Élysées, avec avions de chasse et soldats marchant au pas, retransmis à une heure où les Américains sont encore en train de prendre leur café. Puis vient le soir, où la France change de registre : bals populaires dans les casernes de pompiers, guinguettes improvisées sur les places de village, et des feux d'artifice qui, de la tour Eiffel aux plus petits hameaux, rappellent que la fraternité fait parti de la devise de la République, sans doute la partie la plus proche, dans l'esprit, de ce que vit un Américain un soir de 4 juillet.
Nicolas Thomas
Journaliste culturel en histoire de l’art et en philosophie




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